Classification et fonction des
MURS PEINTS.
L'art mural urbain ne sert pas uniquement à "faire
beau" ou à "meubler", on peut classer les trompe-l'oeil et les fresques murales en
plusieurs catégories ayant différentes fonctions.
Classication :
Gilles de Bure
dresse une classification des fresques murales selon les
intentions de leurs concepteurs [1981] :
Murs
d'artistes :
Ils
attestent de l'intérêt de leurs concepteurs à briser l’isolement
de l'atelier, en tentant un art qui considère « le tissu urbain
comme un support plus approprié à la sensibilité du temps ». Ces
fresques murales visent généralement l'amélioration esthétique des
espaces publics. Elles se limitent d’abord aux grandes villes
occidentales « où la culture s'y révèle comme un substitut idéal à
l'idéologie religieuse ou politique ». Les murs d'artistes sont
considérés comme une composante institutionnalisée de l'espace
urbain.

Dijon par Dominique MARAVAL
On reconnaît
deux objectifs aux murs d’artistes :
· Les
projets qui veulent orner et transfigurer la ville. Cette tendance
adopte soit le style contemporain d’influence new-yorkaise, soit
le style figuratif qui illustre un événement, un lieu, un
personnage (dont le trompe-l'œil) ;
· Les
projets qui portent un message social ou communautaire et qui
préconisent l'art pour et par le peuple.
La ville de
Paris a utilisé ce concept de murs d'artistes en 2000, où
elle a fait réaliser de nombreuses maquettes de fresques par des
artistes connus. Le but étant de mettre l'art dans la rue, de
transférer le musée naturellement aux yeux des passants. Ce
concept s'appelait "Les fresques de l'an 2000".

Dans cette
catégorie, je rajouterai les murs "d'artisans", à savoir
que ce sont des artistes MURALISTES spécialisés qui exécutent la
maquette, s'occupe du ravalement de la façade et réalisent la
fresque sur le mur.

Clermont-Ferrand par Slobo
On trouve enfin
ce que j'appellerai les murs de "décorateurs". Ce sont des
sociétés de maçonnerie (généralement) qui s'occupent de trouver le
marché et le mur à peindre et qui font sous traiter l'exécution
par un artiste peintre.

Puteaux par Nouvel Aspect
Murs
spontanés :
Ils seraient le résultat d'un geste spontané
individuel ou collectif. Ils sont « aussi multiples et divers que
le sont les individus, les groupes ethniques, les communautés
religieuses ». Au niveaux des tags et les graffitis, les bombeurs
s'approprient le mur comment étant à eux et en disposent selon
leur volonté. Dans bon nombre de cas il y détérioration du site.
Certaines municipalité utilisent ces jeunes pour leur faire
réaliser des fresques de grandes tailles. Là alors, le caractère
spontané disparaît.
On peut
inclure les Tags et Graffitis dans cette catégorie :

Murs
militants :
Ils expriment un état d'urgence pour une prise de conscience de
l'identité, de la différence, de l'appartenance à une minorité, de
l'oppression, etc. La presque totalité des fresques de
Sardaigne (Italie) est construite sur ce style. La palme revient
au village Sarde d'Orgosolo qui en compte environ 150.

Buenos aires (Argentine)
Orgosolo (Sardaigne-Italie)
Dans certains pays d'Amérique du Sud, ces fresques constituent un
véritable vecteur d'idéologie. A Buenos Aires, une fresque montre
l'importance de la répression du pouvoir central.
Murs
sociaux :
Ils rassemblent les murs dont l'acte de création sert à la
réinsertion sociale ou à l'éducation sociale. On peut mettre dans
cette catégorie les fresques réalisées par les enfants, les murs
encadrés par des animateurs sociaux.
Murs d'enfants
Québec: Fresque des piliers
La peinture
constitue un excellent moyen d'éduquer les jeunes en leur faisant
prendre conscience de la valeur du travail.
Murs
de propagande :
Ils rassemblent les murs qui font le culte d'une personnalité, d'une
idéologie ou d'un produit. Le mur publicitaire en fait partie.

Fonctions :
Observons les
diverses fonctions que joue les fresques murales urbaines en général.
Requalification urbaine :
« À
l’origine, le mur peint a été conçu comme un décor, susceptible
de faire oublier l’aspect inesthétique du mur-support, une sorte
de couture du paysage urbain. C’est pour cela que les
compositions en trompe-l’œil architectural ont fait école. Il
s’agissait de corriger un accident d’urbanisme, non de créer un
événement spécifiquement nouveau ayant sa propre existence »
[Mairie de Paris].

Levallois Perret
Evreux
La fresque
dite « urbaine » est souvent apparue dans des lieux déstructurés
par des démolitions massives ou par l’implantation
d’infrastructures comme des autoroutes, où elle tentait
d’embellir un tissu blessé, en attendant une intervention
permanente de requalification. D'autres supports sont également
utilisés comme les transformateurs EDF, les compteurs EDF de
rue, et les châteaux d'eau.
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Revitalisation urbaine :
Les fresques murales s’insèrent parfois dans des programmes plus larges de
revitalisation urbaine. La Ville de Lyon, par exemple, a mis en
place une ambitieuse politique municipale d'aménagement et de
mise en lumière des espaces publics, dont le mur peint est un
des éléments. Le musée Urbain Tony Garnier est unique au monde,
une cité HLM a été entièrement "habillée" par la
Cité de la
Création. 25 fresques murales ont été réalisées et cette
cité HLM se visite maintenant comme un vrai musée. Qui aurait pu
croire cela ?.

Lyon Musée Urbain Tony
Garnier Québec: Fresque de l'hospital
À Québec, les
projets muralistes de la Commission de la capitale nationale
font également partie d'une politique plus large
d’embellissement, de réaménagement des espaces publics et de
mise en lumière des monuments, afin de préparer la Capitale
nationale aux célébrations du 400e anniversaire de fondation de
la ville, en 2008.
Support à la création artistique :
Les Murs
peints du millénaire à Paris ont voulu encourager la création
contemporaine dans le contexte urbain. Il en est ainsi de
plusieurs autres programmes semblables, dont ceux des villes de
Philadelphie, Baltimore et Boston.

Philadelphie (USA) : La ville aux
2500 fresques
Le
projet des fresques murales à Sherbrooke cherche aussi à mettre en valeur
le potentiel artistique local. Les
Fresques des piliers, à
Québec, ont permis d’élargir les possibilités de support et
constituent un terrain de recherche artistique.
Réinsertion sociale :
À partir des
années 1970, aux États-Unis, des peintres, sculpteurs et
muralistes mettent leurs convictions et leurs compétences au
service de la communauté, afin de faciliter l’insertion sociale
des jeunes par le biais de l’art et de l’évocation des racines
communes.
« Dans
plusieurs villes du sud-ouest des États-Unis, des expériences
collectives de peinture murale aident à la réinsertion de jeunes
chicanos désœuvrés » [Tréguer, 1999]. « Parmi ces jeunes oisifs
sirotant le thé du chômeur, il y avait, sommeillant, des talents
qui se sont mis soudain à faire parler les murs et le macadam.4
»

Genève (Suisse)
Québec: Fresque des piliers
Les Fresques
des piliers, à Québec, se sont également donné pour objectif la
réinsertion sociale de jeunes par la pratique de l’art. Le
support est original, et le rendu est vraiment magnifique. La
diversité des réalisations est impressionnant.
Outil pédagogique :
Les fresques murales à
caractère historique, qui jouissent actuellement d'une grande
popularité au Canada et en France, ont pour objet d'apprendre aux nouvelles
générations leur histoire locale. L’intention de leurs
concepteurs est de mettre en valeur la culture des villes qui
les accueillent.

Lyon Fresque
des Lyonnais Québec:
Fresque des Québécois
Nombreux sont
les exemples. La Fresque des Québécois se veut un tableau de
personnages et d'éléments fondamentaux à la culture québécoise.
Celle du Petit Champlain reproduit les activités reliées à la
ville ancienne. A Lyon, la fresque des Lyonnais est l'une des
plus célèbre de France, elle met en situation de nombreuses
personnalités de la ville : L'Abbé Pierre, Les frères Lumières
etc..
Propagande sociale ou politique :
Les
mouvements muralistes qui éclatent en Russie soviétique et au
Mexique au début du XXe siècle furent les premiers à concevoir
la murale comme outil de propagande sociale et politique. Le mur
peint y est conçu pour magnifier un gouvernement révolutionnaire
et pour donner au peuple un accès à l'art.
Plus tard, au
début des années trente, le gouvernement fédéral américain
encourageait les programmes Works of Public Art (W.P.A.) qui
permettaient de diffuser, en les conceptualisant formellement et
en les chargeant des vertus libératrices de l’art, les idées
force du New Deal [de Bure, 1981].

Ailleurs,
il arrive que ces murs naissent de la spontanéité. Ainsi en fut-il
à Santa-Fe (New Mexico) où trois frères peignirent en 1970 une
fresque à la mémoire de leur jeune frère mort d’une overdose.
L’impact de l’œuvre sur la communauté chicano donna naissance au
mouvement muraliste Los Artes Guadalupanos de Aztlan grâce auquel
purent s’exprimer la colère et le besoin d’identité culturelle,
sociale, économique et politique d’une communauté.

En France
aussi, on se sert du mur peint pour appeler à la révolte. « Ce qui
compte le plus pour Pignon-Ernest (muraliste niçois) c’est le
choix des lieux : des endroits marqués dans la conscience
collective, par un épisode de la lutte des classes, de la lutte
pour les libertés » [de Bure, 1981].

Propagande commerciale :
Paris possède
la plus vieille tradition de murale à but publicitaire, dont
l’exécution était souvent confiée à des artistes.
À Bruxelles,
l’introduction dans la scène urbaine du XIXe siècle de la
marchandise comme spectacle passait par le mur peint qui en
vantait les mérites aux consommateurs.

Billom : Supermarché
Brest : Supermarché
Aux États-Unis,
c’est à New York qu’on trouve encore aujourd’hui le plus grand
nombre de murs publicitaires d’envergure. En France, du fait de la
législation, il est pratiquement impossible de trouver des murs
publicitaires. Il s'agit le plus souvent d'entreprises,
supermarchés qui habillent leur propre mur.

Chateaudun : Agence de communication
Dynamiques,
séduisants, simplificateurs, les murs de propagande commerciale
vont droit au but. Il s’agit de vendre, non plus une idéologie,
mais un produit. Les mécanismes sont les mêmes, les supports
aussi.
Bibliographie
:
La murale urbaine
: pratique et fonctions
Une publication de la Commission des biens culturels du Québec,
Octobre 2004 (Version intégrale du texte :
http://www.cbcq.gouv.qc.ca)
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